Negotiator in Times of War – VPRO documentary – 2015

Negotiator in Times of War – VPRO documentary – 2015


La guerre en Syrie
entre dans sa cinquième année… et la crise des réfugiés
pose un problème majeur en Europe. Allons-nous ouvrir nos frontières… ou pensons-nous résoudre le problème
en finançant l’accueil dans la région ? Et que signifie
“l’accueil dans la région” ? Combien de temps allons-nous rester ici ?
Nous sommes ici depuis si longtemps. Nous accompagnons Sigrid Kaag,
représentante spéciale de l’ONU au Liban. Si le Liban
se voit encore plus déstabilisé… par le manque
de soutien financier et politique… ou par le poids
que représente ce fardeau… le Liban et l’Europe seront perdus. Voici Backlight. Embarquez pour un voyage
dans une région explosive. NÉGOCIATRICE EN TEMPS
DE GUERRE Abaaoud,
le cerveau présumé de l’opération… et Abdeslam suspecté d’être
le huitième assaillant de vendredi… ne sont pas en garde à vue. Les autorités le suspectaient
d’être de nouveau… sur le territoire de l’État islamique,
en Syrie ou en Irak… mais il semblerait
que ce ne soit pas le cas. Je me suis trompée d’horaire.
Je dois y aller, désolée. Tandis que le monde continue d’intensifier
les frappes militaires contre l’EI… Sigrid Kaag, représentante spéciale
de l’ONU pour le Liban… relève un défi considérable. Comme Paris, Beyrouth a été la cible
d’un attentat à la bombe dévastateur… faisant 43 victimes et 239 blessés. Le secrétaire général a déclaré
que les attentats de ces derniers jours… notamment à Beyrouth et Bagdad… illustraient le danger du terrorisme
et la menace grandissante de Daech. En tant que représentante
des Nations unies… Kaag doit se tenir informée… afin de préserver
l’équilibre précaire du Liban… et éviter toute escalade
dans une région déjà fragile. Kaag a fait ses preuves au sein de l’ONU. C’est une diplomate haut placée
et experte du monde arabe. Il y a deux ans, on lui a demandé
de mener les négociations… pour le retrait
des armes chimiques syriennes. Vous savez où est Adam ?
On a le temps de prendre un café ? Vous avez un rendez-vous. En tant que représentante pour le Liban… elle doit prendre contact
avec les acteurs de la région… et faire son rapport
au siège de l’ONU à New York. Après les attentats de Paris et Beyrouth,
Kaag est de retour au siège. Comment allez-vous ? À huis clos, elle fait un compte rendu
au secrétaire général… et au Conseil de sécurité. BEYROUTH
3 SEMAINES PLUS TÔT Au Liban,
la guerre n’est jamais bien loin. Il y a à peine 25 ans,
une guerre civile sanglante prenait fin. Le pays fut ensuite frappé
par un conflit armé avec Israël. La guerre est maintenant à ses portes. Le calme apparent est relatif… car la frontière avec la Syrie
n’est qu’à 45 kilomètres de là. Les conséquences
de la guerre civile syrienne… se font ressentir chaque jour ici. Plus d’un million de réfugiés
ont déjà passé la frontière… et la menace d’attentat
se fait sentir au quotidien. Nous sommes aujourd’hui témoins du
plus grand déplacement de population… depuis la Seconde Guerre mondiale. Et cela concerne
majoritairement les Syriens. L’impact du conflit au Moyen-Orient
est un rappel… du besoin urgent de traiter
la source de cette tragédie humaine. Afin de comprendre les conséquences
de l’accueil de réfugiés… dans une région aussi instable… nous suivons Sigrid Kaag dans sa mission
de la frontière nord avec la Syrie… à la frontière sud avec Israël. Nous nous rendons
dans le district d’Akkar… où les premiers réfugiés
passaient la frontière il y a cinq ans. C’est urgent. Je dois passer un coup de fil. J’ai failli avoir une crise cardiaque.
Est-ce que tout va bien ? Qui dit urgent, dit mauvaises nouvelles. Nous accompagnons Kaag
au camp improvisé… d’une famille de réfugiés syriens
qui paient 800 dollars par an… pour planter leurs tentes
sur une parcelle de terre libanaise. En tant que présidente
de l’action humanitaire de l’ONU… elle veut inspecter les conditions de vie
dans ce camp improvisé. Bonjour.
– Comment allez-vous ? C’est un plaisir.
– Enchantée. Bonjour, enchantée. Heureuse de faire votre connaissance. Merci.
– Si vous avez des questions… N’ayez pas peur, venez. J’ai aussi des enfants. Makram et Adam.
Ils sont plus vieux que vous. Et Janna et Ines. Elles étaient petites comme toi
à une époque. Qu’Allah te protège. J’espère
que tu pourras retourner en Syrie. Comment tu t’appelles ? Lamia ? Tu es déjà allée à l’école ? Non ? Tu aimes apprendre ?
– Oui. Les Syriens sont formidables. Ils aiment la culture, les langues…
Ils ont beaucoup de connaissances. J’ai souvent été en Syrie.
J’ai habité à Damas. Il n’y a rien de tel que son propre pays,
que sa propre terre. Nous sommes coincés sous ces tentes. Il y a des serpents et des scorpions.
Au début, nous n’avions rien à manger. L’hiver, il n’y a pas de chauffage. On doit brûler les vêtements des enfants
pour rester au chaud. L’odeur les rend malades. Imaginez un peu. Il y a 17 millions d’habitants
aux Pays-Bas. Que se passerait-il si 5,5
ou 4,5 millions de gens débarquaient ? Si sur une période de deux ou trois ans,
le pays gagnait 4,5 millions d’habitants. Cela a-t-il rendu la région
plus dangereuse ? Difficile à dire. Il y a deux facteurs. La pauvreté et le manque d’opportunités
nous font craindre une radicalisation. Un conflit peut devenir tentant
dans un tel contexte. Deuxièmement, la plupart
des familles de réfugiés n’ont rien… ou très peu de choses pour vivre. Ils risquent de tomber sous l’influence
d’organisations extrémistes. Ils sont plus à même d’être recrutés. Des groupes comme l’EI
sont-ils actifs ici ? Dans une ville comme Tripoli,
il y a un certain nombre de partisans. Il est facile de devenir partisan. Pour ce qui est
de la présence d’un groupe important… ce n’est pas ce que nous rapportent
les services de sécurité libanais. Mais sur l’ensemble du pays,
il y a des arrestations tous les jours… et des opérations préventives
des services de sécurité et de l’armée. Il y a eu plusieurs incidents
avec des engins explosifs improvisés… sur les bords de route. Dans cette région aussi.
– Ça arrive ? Oui, tous les jours. Où va-t-on maintenant ? C’est vrai, les forces armées libanaises. On va rendre visite à l’armée… qui fait un travail héroïque
dans la région. On se rend maintenant à un poste
militaire à la frontière syrienne. Récemment, des heurts ont eu lieu
le long de la frontière nord… entre l’armée libanaise… et des combattants infiltrés de l’EI
venant de Syrie. Kaag vient voir comment les aider
à endiguer les points de passage illégaux. On est à Chadra, c’est le nom du village. La frontière entre nous et la Syrie… est marquée par cette rivière au nord. Jusqu’à la rivière, on est au Liban
et de l’autre côté… sur l’autre rive,
c’est le territoire syrien. Il y a du nouveau aujourd’hui ? Rien de nouveau.
– C’est très calme aujourd’hui. Où essaient-ils de passer la frontière ? Ici, ils savent qu’on les surveille
alors ils passent par des points… couverts par nos embuscades
et nos patrouilles. Alors…
– Vous ne les voyez pas. On ne peut pas tous les voir. S’ils passent par ici, on peut les voir.
Aux points de passage illégaux. Il y a des points de passage
que l’on peut surveiller depuis la tour. On couvre d’autres zones
avec des embuscades et des patrouilles. Après l’affectation de Kaag à Beyrouth… sa famille a quitté Jérusalem
pour la suivre. Son mari y était sous-secrétaire d’État
à la santé sous Yasser Arafat. Je vais voir qui d’autre veut du café. Vous pourriez servir deux autres tasses ?
J’ai oublié de compter. Désolée, je vais passer par là. Je ne sais plus qui voulait du café. Qui voulait du café ?
– J’ai déjà une tasse. Adam, tu veux du café ?
– Non. Voilà le type
avec qui l’on a dîné hier soir. J’ignorais
que le président du Sénat français… était aussi vice-président
du gouvernement. Il paraît que tu as bientôt
un examen de math ? Lundi.
– Lundi ? C’est bientôt. Un examen important ?
– Non, un petit. Tu es prêt ? Oui ? Viens ici. C’est bien. Tout le monde pense
que j’ai appris l’arabe avec mon mari… mais j’ai fait
des études moyen-orientales et d’arabe. J’ai étudié les relations internationales
et le Moyen-Orient à Oxford. Après ça, j’ai travaillé
comme bénévole en Cisjordanie. J’ai aussi travaillé pour Shell
et j’ai amélioré mon arabe. Puis une fois aux Affaires étrangères,
j’ai rencontré mon mari. Et votre mari est… Il est né à Jérusalem, il est palestinien. Cette photo a été prise environ un mois
avant la mort d’Arafat, à Ramallah. Je répétais à mon mari… que tout le monde en Palestine
avait une photo avec Arafat… à part ses propres enfants. Voici Ines, c’est une grande
jeune femme maintenant. Voilà Adam,
qui nous parlait de ses devoirs. Il était déjà coquin. Voilà Makram, qui vient de partir
pour ses cours du soir. Il a la barbe maintenant. Et vous n’avez pas rencontré Janna.
Elle est en Angleterre. À l’université ?
– Oui, elle étudie le droit. Qu’est-ce que c’est ?
– Une lettre. C’est plus rare
que je ne le pensais au début. C’est une lettre du président Obama
qui exprime sa gratitude… pour “des services remarquables
en tant que coordinatrice spéciale… de l’Organisation pour l’interdiction
des armes chimiques en Syrie”. “Une mission
pour la paix et la sécurité”, dit-il. Ça vient du président en personne ? C’est remarquable.
– Oui. Je suis honorée, et surtout émue… de me voir confier
cette mission complexe et difficile. Ça a été intensif. J’ai eu très peu de temps
pour tenter quelque chose. On devrait faire les choses différemment
dans un pays en guerre. On a travaillé avec toutes les parties :
les autorités à Damas… on a travaillé étroitement
avec Moscou, avec Washington… avec les autres pays du P5, bien sûr… et avec toutes les parties intéressées. C’est comme si vous jouiez aux échecs
sur plusieurs échiquiers à la fois. Je ne m’y connais pas aux échecs… mais il est vrai
que l’on joue sur plusieurs fronts. Suivant différents scénarios. Cela signifie aussi que tous ces acteurs
doivent vous faire confiance. Oui, il faut gagner leur confiance
et ne pas la perdre. Nous avons eu
une semaine productive à Damas. Je vais aller parler
au Congrès des États Parties. Qu’est-ce qu’un bon négociateur ? Un bon négociateur
doit savoir ce dont il ou elle parle. Il faut être flexible
et être d’une grande sociabilité. Il faut surtout avoir
un certain instinct… pour relever tout ce qui est de l’ordre
de la communication non verbale. Il faut avoir
une certaine affinité avec son sujet… et une affinité avec les autres. Non pas qu’il faille aimer tout le monde.
On ne négocie pas avec des amis. En particulier
pour ce qui est des questions politiques. Et puis il faut être passionné
par ce que l’on fait. Que l’on soit négociateur
ou bien médecin. La passion est essentielle. Il faut aussi faire preuve de résilience. Aux Affaires étrangères,
on nous a appris à négocier. On nous a conseillé “de rester en forme”.
Une négociation peut durer longtemps. Il faut avoir l’endurance
d’un coureur de marathon. Nous nous rendons au sud du Liban,
à la frontière avec Israël… où les tensions sont toujours palpables. En 2006, un conflit frontalier a éclaté… entre les combattants libanais
du Hezbollah… et l’armée israélienne. C’était en janvier,
je venais de prendre mon poste. Il y a eu un incident grave… dans le sud du pays…
Deux incidents, en fait. Un soldat espagnol de la FINUL
est mort des suites de ses blessures. Le risque était que cela conduise
à un conflit plus important. Étant la première représentante
de l’ONU… Kaag est aussi responsable
des 10.000 soldats de la FINUL… la force de l’ONU
pour le maintien de la paix au Liban… qui veille sur une trêve bien fragile. Je rends souvent visite
aux troupes de la FINUL… car je suis représentante
du secrétaire général. C’est bien
de voir les gens sur le terrain… on apprend toujours des choses… et on garde le contact,
sur le plan personnel aussi. Et tout le monde
apprécie toujours ces visites. Nous nous rendons sur la ligne bleue… la zone tampon établie par l’ONU
entre Israël et le Liban. Des incidents
se produisent régulièrement… menaçant le calme apparent à la frontière. Actuellement… le bataillon ghanéen est responsable
du maintien de la paix à la frontière. Prêts pour l’inspection.
Au rapport, votre honneur. Voilà un tonneau bleu,
son nom de code est “Bravo Papa 1-1”. Plusieurs tonneaux ont été installés
le long de la barrière technique. Ces tonneaux bleus
symbolisent la ligne bleue. Elle représente la ligne de retrait
tolérée au sud du Liban. Toute traversée de la ligne bleue
est une infraction. On doit alors
le signaler au secteur ouest. Par ici, à environ 2,6 kilomètres,
se trouve le village d’Aita Ech Chaab. C’est une communauté musulmane… et le bastion des combattants
du Hezbollah pour la région. De ce côté-là, sur les hauteurs… on peut voir deux postes d’observation,
un à gauche et un à droite. Ils arborent chacun un drapeau. Ces postes d’observation
sont séparés par une clôture. Le poste d’observation à gauche est un
poste des forces armées libanaises. Son nom de code est “Lima 117”. La structure juste devant nous… est l’emplacement
le plus près de notre déploiement. On soupçonne une division blindée. C’est devenu un terrain clé
pour les unités de la FINUL au Liban… à la suite de l’incident
de juillet 2006… qui a provoqué la guerre de 30 jours
en juillet et août 2006. Lors de cet incident… le 12 juillet 2006… des soldats
de l’Armée de défense d’Israël… longeaient la ligne bleue
pour rentrer à leur base. Des combattants du Hezbollah
d’Aita Ech Chaab… leur ont tendu une embuscade. Ils ont réussi à tuer huit soldats
de l’Armée de défense d’Israël. Ils en ont blessé six autres
et en ont capturé deux. Nous nous rendons dans une ville
à la frontière avec Israël, Bint Jbeil. Les nombreux conflits frontaliers
avec Israël… se font encore ressentir au quotidien. Voilà Bint Jbeil. Bint Jbeil est ici. Tout ça, c’est Israël. Je vais rencontrer des représentants
de la municipalité, le maire… quelques députés,
des représentants du Hezbollah… et des acteurs de la région. C’est une rencontre d’ordre politique… mais aussi pour assurer la sécurité
et bien sûr, la coopération. Le Hezbollah est très présent ici… et ils reçoivent
un certain soutien politique. On peut supposer
qu’il y ait aussi une présence militaire. Pourquoi est-ce important
que vous les rencontriez ? C’est l’un des acteurs de ce conflit
et ils sont au gouvernement. Dans le conflit syrien,
le Hezbollah s’est rallié au camp Assad. En tant que représentante de l’ONU,
Kaag est impartiale. Elle est l’une des parties
pouvant discuter avec le Hezbollah. Il faut parler à tout le monde
pour voir ce qui se passe… quels sont les dangers… ce qu’ils pensent les uns des autres
et comment chaque partie… évalue les risques. On peut alors savoir
s’il est nécessaire d’agir… ou si la situation
est stable pour le moment. C’est comme si l’on allait
constamment voir le médecin… pour faire un bilan de santé. Ces drapeaux noirs sont pour l’Achoura.
Vous les voyez ? C’est une fête chiite importante.
Officiellement, c’est samedi. Mais les festivités durent dix jours. Ce sont des martyrs ?
– De soi-disant martyrs. Des combattants.
– Oui. Des combattants morts au combat ? Sûrement au cours d’activités terroristes. Quelles sont
les conditions de sécurité ici ? Vous vous déplacez toujours
avec huit, neuf ou dix hommes. Trois voitures devant et deux derrière.
Vous le vivez comment ? Je n’y fais plus vraiment attention
parce que sinon… ça me rendrait la vie impossible. Cela fait deux ans que je suis à ce poste
et c’était pire en Syrie. C’était bien plus difficile. Je ne pouvais même pas sortir,
c’était difficile. Vous étiez en permanence à l’intérieur ?
– Oui. Vous ne pouviez pas sortir du tout ?
– Pas avec mon profil. Même pas pour aller au restaurant ?
– J’y allais de temps en temps. Mais c’était si compliqué
que j’ai abandonné. L’ironie
c’est que l’on a beau voyager en convoi… si quelqu’un nous prend pour cible… je ne pense pas
que l’on puisse y faire grand-chose. Il y a tant de façons
d’éliminer quelqu’un de nos jours. Six ou huit voitures
ne changent pas grand-chose. Voici le célèbre souk. Avant leur entretien à huis clos… une rencontre a lieu
avec les députés du Hezbollah… pour la presse locale. Nous sommes heureux
d’accueillir la représentante de l’ONU… dans notre ville de Bint Jbeil. Nous espérons qu’au cours de sa visite,
elle pourra voir de ses propres yeux… combien la population du Sud a souffert… des attaques destructrices… perpétrées par l’ennemi israélien… sur la culture et l’héritage de la ville
et le souk de Bint Jbeil. Grâce à la volonté
du peuple de la région… aux sacrifices qui ont été faits
et au sang versé par les martyrs… la ville a pu être reconstruite
après la libération en 2000… et on a pu empêcher l’ennemi
de reprendre ce territoire en 2006. Êtes-vous déjà venue au souk ?
– Je ne pense pas. Cette rue a beaucoup vécu. Elle a aussi été détruite ?
– Oui. Ce souk existe depuis plus de 500 ans. Depuis l’empire ottoman ?
– Bien avant ça. Ce bâtiment a été entièrement détruit. Il y avait cinq étages. Je crois que c’était en 1978… 1978, 1977.
– Oui, 1977. En 1977 ou 1978,
Israël a bombardé ce souk. Un jour de marché. Beaucoup de gens ont été tués. Il ne faut pas
considérer le Liban comme acquis. C’est un pays unique, il n’est pas isolé. Le pluralisme de sa société
peut être une force… mais il peut aussi
être facilement exploité. On constate l’arrivée
de 1,2 million de réfugiés sunnites… au Liban, un pays où, historiquement… tout repose sur la religion
que l’on pratique… et la communauté
à laquelle on appartient. D’un coup, 45 % de la population
appartient à un groupe… et cela peut avoir
des retombées politiques. Peut-être pas encore aujourd’hui,
mais à l’avenir. Cela fait peur à beaucoup de gens
car ils sortent juste d’une guerre civile. Tout est lié en fait.
– Oui, comme toujours. Quand les Européens disent : “Les réfugiés doivent trouver asile
dans leur propre région”… ils ne se rendent pas compte
de la charge qu’endosse déjà le Liban… du poids de cette charge
et du danger que cela peut représenter. Officiellement, le Liban et Israël
sont toujours en guerre. Afin de surveiller les tensions au niveau
de la ligne bleue entre ces deux pays… Kaag se rend régulièrement
de l’autre côté de la frontière. Elle rend visite au camp adverse
pour consulter ses homologues… aux ministères
des Affaires étrangères et de la Défense. JÉRUSALEM-EST
TERRITOIRES OCCUPÉS C’est aussi l’occasion
d’un retour au pays. Avant d’être envoyée à Beyrouth… elle vivait avec son mari et ses enfants
à Jérusalem-Est… le quartier palestinien de la ville, dans
la maison de la famille de son époux. Nous sommes à Jérusalem-Est,
on peut voir la vieille ville et ses murs. C’est un quartier palestinien… là-bas, c’est plutôt mixte
et voilà Silwan. Les Israéliens appellent ce coin-là
la Cité de David. C’est un lieu sacré et important. Et voilà notre maison. Mon mari est né dans une vieille maison
à 100 mètres d’ici. Je vous ai entendue dire :
“Je me sens chez moi, c’est ma maison.” C’est votre sentiment ? On a des amis et de la famille ici. C’est une oasis de paix
dans une ville qui a tant de problèmes. Une fois ici, on ne veut plus
quitter le jardin ou le balcon. Mes enfants sont allés à l’école ici,
l’aînée est arrivée en maternelle. Toutes ces étapes de la vie… C’est un lieu important pour moi. J’ai besoin de revenir de temps en temps. La détérioration
de la situation dans la région… est telle qu’il faille faire
de plus en plus attention. On ne peut pas
tenir une situation stable pour acquise. Le problème de la ligne bleue,
la frontière entre le Liban et Israël… c’est qu’aucune des parties
ne veut voir la situation empirer… mais si quelque chose tourne mal… à la suite d’une faute,
d’une erreur de jugement… d’une mauvaise décision… le Liban souffrira considérablement. On estime que l’arsenal du Hezbollah
est d’un tout autre calibre aujourd’hui. Ils le disent eux-mêmes. En Israël, on est inquiets.
Ils souhaitent éviter tout conflit. Le Hezbollah aussi… mais si les choses tournent mal,
leur réaction est évidente. Et les civils libanais
en feront les frais. Quel que soit le conflit,
les civils en font toujours les frais. Où va-t-on maintenant ? Aux Affaires étrangères pour un entretien. J’hésite à rentrer chez moi après
pour me détendre sur mon balcon… ou à me rendre directement à Amman
pour en finir avec ce voyage. Mais je n’ai pas très envie de partir. Pour le moment… les Israéliens semblent faire profil bas
dans le conflit syrien. Mais un dialogue constant est en place
afin de maintenir cet équilibre fragile. LIBAN, BEYROUTH C’est Janna ?
– Oui. Janna, il me semble
que tu es sortie tard hier soir. Bonjour, bonjour. Tu as passé une bonne soirée ?
Tu vas bien ? Je me suis couchée tôt, désolée. Je vais venir en Angleterre
le 15 ou le 16. Tu auras des examens
après le week-end ? Je n’ai plus d’examens avant mai,
que des devoirs à rendre. D’accord… Je pourrais arriver le samedi
pour passer le week-end à Londres. On pourrait passer le week-end
à Londres ? – Oui. C’est une bonne idée.
– J’arriverai le samedi… Non, attends. J’arriverai le samedi…
Le lundi sera le 16 novembre. J’arriverai le 14 et on pourra passer
le week-end à Londres. J’irai à ma réunion
puis je repartirai pour New York. Je pourrai rester jusqu’au lundi. Tu as bonne mine,
tu as de belles couleurs. On y va ? Tu viens aussi ? D’accord. Je dois juste attraper mon sac. Qu’est-ce que cela signifie
pour les gens qui vivent ici… d’être si près de la crise
et d’en subir les conséquences ? Les Libanais sont vraiment inquiets. Que restera-t-il du Liban ?
Qui seront les Libanais plus tard ? Ils craignent
pour leur identité politique… pour leur identité nationale… et ils craignent
des retombées socio-économiques. Les réfugiés sont présents dans les zones
les plus défavorisées du Liban. Cela pourrait créer de nouvelles tensions. LIBAN, PLAINE DE LA BEKAA
CAMP DE RÉFUGIÉS SYRIENS, ZAHLÉ Bonjour, comment allez-vous ? Suivez-moi, je vous en prie. Comment allez-vous ? Tout va bien ? Le médecin m’a dit
que j’accoucherai à la mi-août. Il m’a prescrit des médicaments
et je vais mieux. Bonjour, je vais prendre votre tension.
Asseyez-vous. Quel âge avez-vous ?
– 19 ans. D’où venez-vous ?
– D’Alep en Syrie. Quand êtes-vous arrivée ici ? Je suis ici depuis quatre ans. Pourquoi avez-vous fui la Syrie ? Alep était complètement détruite.
Je ne m’y sentais pas en sécurité. C’était dangereux
pour nous et pour nos enfants. C’est pour ça que l’on est venus ici. Comment allez-vous ?
– Pas très bien. On suit les nouvelles.
Les choses vont en empirant là-bas. Que deviennent les enfants
nés au Liban ? Quel est leur statut ?
Ils sont libanais ou syriens ? Ils ne sont jamais libanais.
– Que sont-ils ? Syriens.
– Ils sont syriens ? Mais ils n’ont pas de passeport ?
– Jamais. Ils ne reçoivent jamais
la nationalité libanaise. Ils n’ont pas de nationalité ?
– Non. Ils sont déclarés auprès du HCR. Pour avoir des papiers,
ils doivent se rendre en Syrie. Ils font les papiers
puis reviennent au Liban. Ces quatre dernières années,
50.000 enfants sont nés ici. Ce sera toute une partie
de la population dénuée de statut. Quelles sont les conséquences ? C’est un problème. Tous les individus de plus de 15 ans… doivent renouveler
leur permis de séjour tous les six mois. Cela coûte 200 dollars par personne.
Ils n’ont pas les moyens. Ils deviennent donc étrangers
en situation irrégulière… et ce n’est jamais une bonne chose. Aimeriez-vous déclarer vos enfants ici ? Je ne peux pas, elle n’est pas déclarée.
Elle n’a qu’un acte de naissance. On ne sait pas comment ça se passe ici. C’est difficile ?
– Oui. Vous devez vous rendre auprès d’agences ?
– Oui. Des gens sont venus ici,
ils ont pris des renseignements sur elle. Mais pour le moment,
on n’a aucune preuve, aucun dossier. Rien qui prouve que c’est ma fille.
Je n’ai que son acte de naissance. Je ne pense pas
qu’ils obtiendront de papiers au Liban. Beaucoup de gens ont émigré au Liban… beaucoup de Palestiniens,
et ils n’ont rien eu. Cela rend mon travail difficile. Il vaut mieux qu’ils aillent en Syrie
faire leurs papiers… et qu’ils reviennent, s’ils le peuvent. Si ces familles
restent ici pendant longtemps… que deviendront les enfants ? C’est dangereux
parce qu’ils n’auront pas de papiers. S’ils veulent aller à l’école
ou à l’université plus tard… ils auront besoin de papiers. Même pour aller à l’hôpital,
ils ont besoin de papiers. Cela inquiète les gens ?
– Bien sûr que ça les inquiète. De plus en plus de filles
sont données en mariage… et retirées de l’école. Donc les nouveau-nés sans papiers
nous préoccupent beaucoup. Nous vivons dans un monde de traités… qui disent que l’on a droit
à des papiers d’identité. Donc ça,
c’est un premier pas vers l’apatridie. Sans papiers d’identité,
on ne peut pas obtenir de nationalité. Si jamais ils retournaient en Syrie… comment prouveraient-ils
leur nationalité ? Il y aura tout un groupe
d’individus “gris”… qui n’existeront pas vraiment ? C’est un risque. Le Liban a une longue histoire
avec les réfugiés. En 1949,
les premiers réfugiés palestiniens… traversaient déjà la frontière… pour s’installer à Chatila,
un camp encore provisoire à l’époque. Aujourd’hui, 65 ans plus tard,
beaucoup y vivent encore. SUD DE BEYROUTH, CHATILA
CAMP DE RÉFUGIÉS PALESTINIENS Chatila reste un épisode douloureux
de l’histoire du Liban. Dans les années 1980,
des milliers de réfugiés palestiniens… ont été massacrés par des milices
des Phalanges libanaises… tandis que l’armée israélienne… qui occupait alors le Liban,
fermait les yeux. L’arrivée de milliers de réfugiés syriens
dans une zone déjà surpeuplée… a renforcé les tensions
entre les différentes factions du camp. Vous voyez ça ? Ce n’est pas que l’électricité,
ce sont aussi les générateurs… les connections satellites, l’eau… et pour vous dire,
sur les trois dernières années… 42 personnes sont mortes électrocutées. L’une d’elles
était l’un de nos éboueurs… et il n’a pas touché à l’électricité. Il ramassait les ordures… il a été pris dans le champ magnétique
créé par des disjoncteurs et il est mort. Une femme enceinte aussi. Combien de temps allons-nous rester ici ? Nous sommes ici depuis si longtemps. Qu’ils m’écoutent… Entrez, bienvenue. Je m’excuse, j’ai gardé mes chaussures. D’où venez-vous ? Du camp de réfugiés de Yarmouk,
à Damas. J’y suis allée avant la guerre. Des milices armées sont arrivées. On ne pouvait plus y rester
alors on est partis. En Syrie, on ne pouvait rien louer,
c’était trop cher… alors on est venus au Liban. Maintenant, on se débrouille. Combien d’enfants avez-vous ?
– Cinq. J’ai trois filles. Elles vont à l’école ? Une y allait, mais plus maintenant.
– Non ? Pourquoi ? Parce que ça coûte très cher. C’est vraiment terrible. On n’a pas d’argent.
Mon mari travaille un jour… puis il n’a plus rien pendant des mois. Vous parlez d’une vie,
la mort vaudrait mieux que ça. Il n’y a plus de place ici. Des habitations faites pour dix
abritent 20 personnes maintenant. Comment peut-on vivre ainsi ? Nous, Palestiniens, sommes déjà là. Comment un Syrien est-il censé
payer 200 ou 300 dollars de loyer ? Ils arrivent illégalement,
grâce aux passeurs. Damas est bombardé. Les gens doivent quitter leurs maisons
mais pour aller où ? Dieu seul le sait. Le Liban est un petit pays
mais il fait face à une crise régionale… qui pourrait bien devenir mondiale : il n’y a qu’à voir la réponse européenne
à la crise des réfugiés. Tout est lié. Il est important d’être plus attentifs
à ce genre de pays… parce que c’est dans notre intérêt… en matière de partage,
de sécurité, d’opportunités… et pour assurer à tous un avenir meilleur. Dans ce cas,
c’est aussi dans l’intérêt de l’Europe. On ne peut plus parler de conflits isolés,
ça n’existe plus. BEYROUTH
70e ANNIVERSAIRE DE L’ONU Quel est l’avenir du Liban ? Vous vous êtes remarquablement
adaptés aux événements. On parle souvent de résilience… malgré les souvenirs douloureux
des conflits passés au Liban. La communauté internationale est ici
mais on ne veut pas agir pour vous. On veut agir avec vous, à votre demande
et en accord avec vos priorités. Le peuple des Nations unies
et tous les États membres… devraient faire plus et c’est pour
cela que nous sommes ici.

Author: Kennedi Daugherty

5 thoughts on “Negotiator in Times of War – VPRO documentary – 2015

  1. but Sigrid.. you are working in an inherently corrupt system and world leaders are intentionally destabilizing the middle-east and Europe subsequently, shouldn't that frustrate you?

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